Les grandes méthodes de mesure : forces, limites et adaptations urbaines
Aucune recette universelle pour mesurer la prévalence : il s’agit de composer avec les spécificités urbaines, les outils disponibles, et les biais potentiels.
Les enquêtes en population générale
Ce sont les enquêtes épidémiologiques classiques, comme l’étude nationale Esteban (Santé Publique France) ou l’enquête Santé et Protection Sociale (IRDES). Le principe :
- Sélectionner un échantillon représentatif par tirage aléatoire stratifié (âge, sexe, quartier, etc.).
- Soumettre un questionnaire (en face-à-face, téléphone ou Internet) sur les antécédents médicaux, traitements, diagnostics récents, etc.
- Doser parfois des biomarqueurs (prise de sang, mesure de la glycémie, etc.).
Avantages :
- Permet d’estimer la prévalence y compris pour les personnes peu suivies ou non diagnostiquées.
- Analyse détaillée des facteurs associés (mode de vie, accès aux soins, environnement...)
Limites :
- Biais d’auto-déclaration (sous- ou surestimation des cas).
- Coût élevé, participation variable selon quartiers/communautés.
Selon l’OMS, les grandes enquêtes transversales restent la référence pour estimer la prévalence réelle, mais deviennent complexes dans les métropoles aux populations mobiles, multiculturelles et parfois précaires (OMS, 2022).
Les bases de données médico-administratives
La France dispose de systèmes robustes comme le Système National des Données de Santé (SNDS), qui agrège les consommations de soins pour l’ensemble des assurés sociaux.
- Identification des cas via les diagnostics (CIM-10) et remboursements de traitements spécifiques.
- Estimation de la prévalence par secteur géographique (ville, arrondissement, commune).
Avantages :
- Volumes colossaux de données, couverture quasi-exhaustive pour certaines pathologies.
- Possibilité de suivi temporel et géographique très fin.
Limites :
- Non-recours aux soins (ceux qui ne consultent pas échappent au radar).
- Erreurs de codage, sous-déclaration de certains diagnostics.
- Impossible d’identifier les cas non diagnostiqués (prévalence “apparente”).
En Île-de-France, par exemple, la prévalence du diabète “traité” (estimée par le SNDS) a atteint 6,2 % en 2020, mais certaines études de terrain estiment une prévalence réelle supérieure à 8 %, notamment dans les quartiers populaires (ORS Île-de-France, 2021).
Les registres de pathologies et réseaux sentinelles
Certains territoires urbains développent des registres, notamment pour les cancers ou l’asthme. Ces registres recueillent les cas confirmés par les centres de soins locaux – on a ainsi une cartographie très fine à l’échelle de la ville, comme le registre des cancers du Grand Paris.
- Précision élevée dans le diagnostic
- Utilisés surtout pour les pathologies “à déclaration”, donc non généralisables à toutes les maladies chroniques
Les systèmes d’information géographique (SIG) pour croiser et affiner les mesures
L’essor des SIG permet de croiser les résultats des enquêtes et bases de données avec la géographie fine des villes : niveau de pollution, exposition aux îlots de chaleur, accessibilité aux soins, etc. Une étude marseillaise (Drouard et al., 2019) a montré que le quartier d’habitation était un facteur aussi puissant que les déterminants individuels pour expliquer l’asthme infantile.