Par Lena • 15 décembre 2021

Comment prendre en compte dans un EHPAD une personne touchée par le VIH ?

Ces deux dernières années, si la France entière ne semble parler que du coronavirus et de son impact majeur sur notre vie quotidienne et la société, cette orientation unique a tendance à faire oublier que la Covid n'est pas la seule maladie. À grande échelle, cette pandémie a surtout mis en avant les limites de notre système de santé et l'incapacité de faire face devant une surcharge de patients ayant besoin de soins. Or, le coronavirus n'est pas la maladie la plus mortelle en France, loin s'en faut, et le cancer reste bel et bien en tête de ce triste bilan de santé. Un nombre grandissant de familles sont aujourd'hui concernées directement ou indirectement par les différentes formes du cancer, qu'il s'agisse de dépistage, de transmission d'informations, de soutien à un proche ou de subir les soins contraignants que cette maladie demande dans la vie de tous les jours. Le VIH prend également une place extrêmement importante dans la liste des maladies mortelles en France qui méritent une attention toute particulière. Et la question de l'accompagnement des personnes touchées, de leurs familles ou des personnels de santé à leurs côtés se pose. Car si l'on peut vivre avec le virus du sida, tous les modes d'hébergement, tous les emplois sont-ils accessibles ? Au sein d'une maison de retraite par exemple, un protocole spécifique est-il mis en place pour accueillir une personne ayant le VIH ?

En France, le virus du sida est aujourd'hui traité par une prise de médicaments lourde et contraignante mais qui repousse la maladie

En moyenne en France, un peu plus de six-mille personnes découvrent leur séropositivité chaque année. S'agissant d'une maladie transmissible sexuellement, la majeure partie des cas identifiés le sont suite à des relations homo ou hétérosexuelles non ou mal protégées. Une faible partie représentent les injections de drogue. Près des trois quart de personnes atteintes du VIH dans notre pays ont moins de cinquante ans, pour un total d'environ cent-cinquante-mille personnes, soit plus que le nombre d'habitants de la commune de Boulogne-Billancourt, seconde ville plus peuplée d'Île de France après Paris. La proportion de gens de tous âges concernés par le virus du sida est donc conséquente. Et comme il s'agit d'une maladie que l'on peut traiter sur le long terme, beaucoup de patients continuent de vivre leur vie aussi normalement que possible, rythmée par la trithérapie. En effet, face à cette maladie mondiale, les recherches en matière de santé permettent aujourd'hui d'envisager une espérance de vie longue et une existence quotidienne relativement comme tout le monde, dans les pays où l'accès aux nombreux médicaments est envisageable. Bien sûr, le traitement par trithérapie étant à vie, le VIH est maintenu par les soins réguliers, mais ne fait pas disparaître le virus. On reste donc séropositif et psychologiquement, il n'est jamais simple de devoir se déclarer comme tel, au moment d'intégrer un EHPAD, ou de trouver un emploi, en établissement médicalisé par exemple.

En EHPAD comme ailleurs, on ne peut refuser l'accès à un emploi pour une personne ayant un traitement à vie contre le VIH

Le fait qu'une tranche d'âge extrêmement vaste soit concernée par ce virus immunodéficient et qu'il soit possible de vivre de plus en plus longtemps avec, fait que de nombreuses personnes peuvent être confrontées à se rencontrer. Ainsi, au sein d'un lieu intergénérationnel comme le sont les établissements de santé, des résidents âgés de l'EHPAD peuvent être séropositifs au même titre qu'un des nombreux professionnels œuvrant sur place, ou qu'une personne membre d'une famille venant rendre visite à un proche. Dans quelle mesure, le droit à la vie privée face à l'état de santé permet de garder secret cette situation ? En effet en France, jusqu'à l'apparition du coronavirus et des mesures contre la covid, refuser l'accès à un établissement public, un lieu culturel ou à travail pour des raisons de santé était un facteur discriminant. Une jeune femme ayant le sida venant manger avec sa grand-mère dans un EHPAD n'aura donc aucune raison de devoir justifier de sa situation, d'autant plus que cette maladie ne se transmet pas par simple contact, ou présence dans la même pièce. Beaucoup de contrevérités circulent à ce propos mais il reste essentiel pour permettre aux séropositifs d'avoir une vie saine, de cerner que les risques de transmissions ne se font que par un échange de sang, ou lors d'actes sexuels.

Le manque d'informations au sein des établissements de santé en France créé de l'inquiétude chez les professionnels des EHPAD

Dans les établissements de santé prodiguant leurs services à des résidents malades, le risque pourra donc être pour les professionnels ou les résidents et patients, en cas de transfusion sanguine par exemple. Le scandale du sang contaminé dans les années 90 avait été un triste exemple, mais il n'est pas question d'en faire une généralité. Ainsi, le personnel au service des résidents malades devra nécessairement être au courant de leur situation pour raisons médicales, secret professionnel à l'appui. Le suivi des soins et du traitement ne pouvant se faire sans un bilan de santé complet avant l'admission en EHPAD. À l'inverse, une animatrice de vie sociale diplômée responsable des activités en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, le cuisinier d'une maison de retraite ou la direction d'une résidence services seniors n'auront en aucun cas besoin de spécifier leur séropositivité le cas échéant à qui que ce soit.

Malgré le coût des soins, le virus du sida ne devrait pas être une raison de refus pour intégrer un EHPAD

Malgré tout, cela semble être un fait en France, certains EHPAD se montrent réticents à l'admission d'un résident âgé séropositif. Or, si une directrice d'établissement est en charge de la politique de la résidence, le refus d'accès pour question de santé pose question. La crainte première étant liée au manque d'informations fiables pour les personnels d'établissements de santé. Aujourd'hui, trop de gens ont peur d'être en contact avec une personne séropositif, ne sachant pas bien les conditions de contamination, or, une campagne de communication autour de ce sujet à l'échelle d'un EHPAD ou d'un organisme gestionnaire de plusieurs établissements de santé permettrait d'aplanir la situation. Car si le dossier médical des résidents est connu, celui des familles ou des personnels des résidences ne l'est pas, et nous vivons donc tous potentiellement avec des personnes séropositives autour de nous sans le savoir, et sans s'en inquiéter.

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