Les bases de données OMS, de l’exploration à l’interprétation : perspectives critiques
Maîtriser les bases de données de l’OMS ne se résume pas à cliquer sur « Export ». C’est apprendre à dialoguer avec la donnée, à la remettre en contexte, interroger les vides, les ruptures et les tendances apparentes. Les réussites de politiques sanitaires, comme l’éradication supposée de certaines maladies dans plusieurs régions, sont indissociables du travail de collecte et de standardisation promu par l’OMS. Pourtant, aucune base, aussi robuste soit-elle, n’est indemne de “zones grises” : sous-déclaration, disparités de systèmes de santé, conflits, difficultés logistiques impactent encore la qualité et la comparabilité dans certains contextes (voir par exemple le data gap en mortalité Covid-19 en Afrique subsaharienne, Nature Medicine).
La richesse de ces bases réside donc autant dans ce qu’elles donnent à voir que dans ce qu’elles laissent à discuter. Utiliser ces données, c’est aussi accepter de penser en nuances, de vérifier, de trianguler, et parfois, d’inventer de nouveaux modes de visualisation pour mieux faire dialoguer citoyens, décideurs et chercheurs. C’est ainsi que la donnée épidémiologique internationale cesse d’être un “baromètre lointain” pour devenir, réellement, un levier d’action collective et de compréhension mutuelle.